Royal Bangkok Sport Club : la mecque des paris hippiques

En France et en Europe, les courses de chevaux sont depuis des siècles des rendez-vous à la fois populaires et mondains. En Thaïlande aussi les courses sont une véritable institution, comme en témoigne le Royal Bangkok Sport Club, où deux fois par mois depuis 1897 une foule de passionnés et de joueurs viennent se défouler et tenter leur chance.

 

Article réalisé en partenariat avec le magazine Gavroche (Thaïlande)

Présentation

Présentation
Le Royal Bangkok Sports Club, plus connu sous son acronyme RBSC, est un lieu étonnant en plein cœur de la Cité des Anges. Ses cours de tennis sur herbe à l’accent très british, terrain de football, de cricket, et son golf où se côtoient depuis 1901 dignitaires étrangers et haute société thaïlandaise forment un grand rempart de verdure entre des immeubles plus modernes les uns que les autres. C’est aussi un hippodrome, l’un des deux que compte la capitale avec le Royal Turf Club, qui deux fois par mois prend une couleur locale des plus savoureuses et des plus populaires. Depuis la station de métro Ratchadamri qui surplombe le RBSC, rien ne laisse paraître de l’agitation qui est en train de gagner au loin les tribunes. Mais lorsque l’on se rapproche de l’entrée principale, du côté de l’avenue Henry Dunant, on plonge rapidement dans l’ambiance populaire des dimanches de course. Des cohortes de motos sont parquées en rang d’oignons sur les deux côtés de l’avenue, laissant quelques espaces, ci et là, aux tables de commerçants proposant la panoplie du parfait turfiste. Plusieurs journaux spécialisés donnant les informations nécessaires aux parieurs – l’ordre et les performances successives des dernières courses du cheval, mais aussi sa cote, son âge, le nom du jockey, etc. – sont proposés en thaïlandais et en anglais. On y trouve aussi des stylos, cigarettes, briquets et tout un arsenal de jumelles, plus ou moins grosses, à louer à la journée. Un petit panneau affichant 60 bahts propose une synthèse des cotes et les numéros des favoris supposés former le tiercé gagnant de chaque course. L’accès à l’hippodrome se fait par deux entrées : l’une qui donne accès au carré VIP (500 bahts) et l’autre, moins onéreuse (100 bahts) et beaucoup plus populaire, qui s’ouvre sur un bâtiment plus imposant. La foule est impressionnante. Beaucoup restent à l’intérieur du hall, attendant que l’ombre gagne plus généreusement les tribunes. L’air est chaud, l’ambiance tout autant, surtout quand retentissent les quatre notes de musique – bien connues sur les champs de courses américains – annonçant un départ dans les dix minutes qui suivent. Le public est dense, essentiellement composé d’hommes, habillés comme il se doit d’un pantalon et de chaussures. Pas de tongs, ni de short, le règlement à l’entrée le rappelle, tenue correcte exigée. Seuls quelques touristes perdus défient les consignes qu’ils n’ont pas vues ou comprises. Hormis des vendeuses de brochettes ou de boissons, la présence féminine est somme toute réduite. Dans le public, on peut voir quelques épouses au bras de leur compagnon, mais sans leur progéniture. Les enfants sont totalement absents de cet univers quelque peu viril, mais très courtois. Il faut dire que la très grande majorité des spectateurs sont des joueurs et le turf demande de l’attention et une concentration permanente. Les rituels y sont précis. Il n’y a pas de place allouée ni numérotée. Les va-et-vient sont permanents entre l’intérieur et l’extérieur et pourraient laisser croire que chacun se laisse porter par une envie du moment, par une sélection aléatoire. Mais à y regarder de plus près, l’espace est bien défini : ici on observe les chevaux, là on regarde les évolutions des paris, les cotes, là encore on s’assied afin de se concentrer et mieux annoter son cahier. Dans les tribunes, on préfère tel coin car la vue est meilleure pour voir l’arrivée ; là bas, on vient voir telle ou telle personne et pas une autre pour miser ou encaisser sa prime. Les joueurs sont pleins de rituels invisibles et participent, comme le nomment les anthropologues, à une « pensée magique » portant tous les espoirs d’un hypothétique gain. Dans tous les cas, à chaque course, les mêmes allées et venues, les mêmes places pour chacun. S’il est un endroit qui fédère tous les parieurs, ce sont bien les écrans de télévision. Disposés à l’intérieur du bâtiment à chacune des entrées et sorties, ils transmettent les courses précédentes en disséquant les situations litigieuses pouvant amener à la disqualification d’un cheval. Les enquêtes et les réclamations sont fréquentes, faisant le bonheur ou le malheur de certains. Dans tous les cas, les retransmissions sont des outils indispensables pour le parieur. Sur le côté, à chaque étage, des vieux tableaux en ardoise recueillent des informations complémentaires étudiées par les turfistes. Tous complètent, annotent leur journal de codes et de chiffres dont ils sont les seuls à en comprendre la teneur.

Stalles, jumelles et paddocks...

Stalles, jumelles et paddocks...
Du haut des gradins, on est surpris par l’horizon qui se détache. Les espaces dégagés sont rares à Bangkok, mais là, d’un coup, on peut apprécier la ville dans toute sa frénésie, tout son dynamisme, avec ses nombreux gratte-ciel et leur architecture anarchique. Au centre de l’hippodrome, un golf et, tout autour, la piste sur plus de 2400 mètres. Quelques arbres au loin, mais sinon rien ne vient bloquer la vue. Une mer de verdure où le spectateur plonge son regard, son attention sur les stalles de départ qui ne sont que des points à l’horizon. Les jumelles sont alors nécessaires. L’autre lieu qui concentre aussi bien l’observation que la réflexion est bien sûr le paddock. Nous y retrouvons Niwatt, un passionné de courses hippiques et qui fréquente le Royal Bangkok Sport Club depuis plusieurs années. « Je m’installe ici pour pouvoir observer les chevaux, s’ils sont nerveux ou calmes, s’ils regardent autour d’eux ou s’ils ont la tête plongée dans leurs sabots, confie-t-il. C’est important de voir aussi comment le jockey et le cheval s’entendent, si les deux sont détendus ou pas, si le temps est à l’orage et comment le cheval le ressent, s’il supporte les autres chevaux... En fait, ce n’est pas très utile pour les paris, mais quand j’hésite sur le numéro d’un cheval, c’est cette petite observation qui va avoir de son importance, qui va m’aider à prendre une décision. Et puis, c’est beau un cheval, surtout après la course. C’est un moment à part. » Jouxtant le bâtiment central, le paddock est composé de deux pistes circulaires d’une cinquantaine de mètres de circonférence. Là, les chevaux viennent s’y échauffer ou souffler après une course. On les scelle, on les brosse, on les douche. On peut tout observer depuis les gradins. Beaucoup préfèrent toutefois descendre pour observer les chevaux et leurs jockeys qui passent à moins de deux mètres du grillage les séparant des spectateurs. Seuls les propriétaires et les personnes habilitées peuvent entrer dans le paddock. C’est ici que la pesée se passe, loin du regard de tous, sans caméra, uniquement entre gens du sérail. Le paddock rejoint la piste via un couloir qui scinde le bâtiment principal en deux. Là aussi, on peut à nouveau observer les montures et prendre encore quelques informations. Le plus surprenant ici, c’est que les chevaux qui ont terminé une course croisent ceux qui vont courir dans les minutes à venir. Ils sont sellés et n’attendent que le feu vert des organisateurs pour fouler la piste. Tous défilent les uns après les autres. Quelques-uns enchaînent petites courses et galops sur quelques dizaines de mètres, d’autres se rendent tranquillement aux stalles. Chaque jockey ménage sa monture. La chaleur est lourde, le terrain peut parfois être très gras, surtout en saison des pluies. Les chevaux, des pur-sang américains, sont pourtant habitués à ces conditions. En effet, à l’inverse des riches pays et territoires voisins comme Singapour, Macao ou Hong Kong, ceux qui courent ici ne sont pas importés de Nouvelle-Zélande ou d’Australie. Le royaume possède ainsi tout un réseau d’élevage qui lui est propre, composé d’une dizaine de haras, et parvient chaque année à déclarer plus de deux cents poulains dans un registre généalogique – un stud-book – reconnu par les organismes internationaux. Les chevaux vont devoir faire preuve de patience et montrer leur endurance face à la chaleur, car une fois entrés dans les stalles, il faut attendre. En effet, même si la musique annonçant la fin des paris a retenti, les organisateurs vont bien au-delà des deux minutes habituelles. Il faut que le niveau des paris soit suffisamment haut pour que le départ soit donné.

Des paris autorisés

Des paris autorisés
Avec la loterie nationale, l’hippodrome est un des rares lieux où l’on peut en toute légalité miser et espérer quelques profits. Les jeux d’argent sont partout présents en Thaïlande, mais très peu sont autorisés. Les courses de chevaux font office d’exception, en raison, sans doute, de l’origine royale de cette attraction. Le RBSC en est l’exemple parfait, lui qui a vu le jour en 1901 suite à la volonté du roi Chulalongkorn (Rama V), de promouvoir les courses et l’élevage de chevaux en Thaïlande. Déjà passionné par les équidés, le souverain thaïlandais avait découvert sur les hippodromes européens une ferveur populaire qui l’avait enthousiasmé. Mais la ferveur d’hier s’est émoussée. En effet, s’il y a encore quelques années l’hippodrome pouvait accueillir une foule de plus de 20 000 spectateurs, il n’en reçoit pas plus d’un tiers aujourd’hui. Le montant et le volume des paris sont moins importants et les gains également. Pour les écuries, la rétribution atteint difficilement les 100 000 bahts. Des montants bien loin de ceux que l’on rencontre en Europe ou même dans les autres pays asiatiques. Même les traditionnels combats de coqs, avec leurs paris plus ou moins tolérés, engendrent plus d’argent, certains combats pouvant même mettre en jeu des sommes avoisinant les 20 millions de bahts ! Pourtant, quand on regarde le bâtiment central de l’hippodrome, la place accordée aux caisses enregistrant les paris est plus que significative. À chaque étage, à chaque angle, le long des couloirs, une succession de caissiers fait face à la foule. Réactifs, ils sont les premiers à suivre le déroulement des courses. Derrière un grillage, à l’abri de toute infraction, ils attendent les décisions des turfistes. Placé, gagnant, à coups de 50 bahts minimum jusqu’à 20 000 bahts, ils sont prêts à entrer les différentes combinaisons sur leur vieille machine datant d’un autre siècle. Car ici, le temps s’est arrêté. Pas celui des parieurs, mais celui des progrès liés aux pratiques turfistes. Pas d’internet, pas de site pouvant prendre les paris à distance, il faut venir sur place et jouer. Rien ne sort de l’enceinte, pas une image, et si les écrans diffusent les courses, ce n’est pas pour un PMU de l’autre côté du pays, non, mais bien pour les enquêtes ou pour occuper les parieurs. Pas de bookmakers non plus, ou du moins pas de bookmakers visibles, la police veille. La discrétion est de mise, même si certains ont des téléphones qui ne cessent de sonner. Officiellement, ils ne misent que leurs deniers. Dans tous les cas, les décisions de jouer tel cheval ou pas est de l’ordre du secret. Comme en témoigne Anand. Depuis plus de 15 ans, il vient régulièrement aux courses avec des amis. Il aime jouer mais ne mise pas des sommes trop importantes. « Pour la dernière course, j’ai misé 400 bahts, je ne joue pas à chaque fois, juste quelques courses et seulement quand je connais le cheval ou le jockey... » Et lorsqu’on lui demande s’il gagne, sa réponse se résume à un large sourire et à un « oui parfois, mais moins que mon ami ». Comme tous les parieurs, son attention est très vite captivée par les panneaux affichant l’évolution des mises et des cotes. Les dernières secondes avant le départ sont cruciales et malgré le décompte, Anand, comme tous les autres joueurs, se dirige sans aucune précipitation vers les caisses pour passer discrètement des ordres. Quand on lui demande quels numéros il a joué, il rigole et répond avec malice : « Un cheval ! ».

Un cérémonial très local

Un cérémonial très local
Enfin, les chevaux jaillissent des stalles. Dans les tribunes en face de la ligne d’arrivée, les cris commencent à retentir. Les chevaux sont encore de minuscules points à l’horizon. La plupart des spectateurs sont munis de jumelles louées un peu plus tôt et se laissent emporter par la fougue des montures qui se disputent les premières places. Très rapidement, l’observateur averti reconnaît trois groupes : les favoris, avec parfois un outsider qui fait espérer ou qui amène le trouble dans l’esprit de certains, puis un petit groupe de retardataires qui ne vise qu’une place honorable, et enfin un groupe rapidement décroché et qui comprend tout le travail restant à accomplir pour faire bonne figure. Anand le reconnaît volontiers, « ici, il y a peu de surprises, les outsiders ne rentrent pas souvent... » Pendant la dernière ligne droite, l’excitation gagne la foule. Sans s’en rendre compte, l’ensemble du public se lève d’un seul homme, avançant peu à peu contre le muret le séparant de la piste. Les cris s’intensifient, un nom de cheval ou de jockey est scandé comme si cette pensée magique allait les mener plus rapidement à l’arrivée. Le bruit des sabots soulevant des touffes d’herbe, le souffle haletant des chevaux qui se rapprochent, tout cela finit dans un ultime capharnaüm sonore où les bruits de la course se mêlent aux cris de joie et de déception du public. Puis d’un seul coup, le calme revient. Le rituel du turfiste reprend. Les gagnants s’éclipsent sans grande manifestation, attendant juste la confirmation de l’arrivée. Pour les perdants, c’est le retour à la concentration, à l’explication de l’erreur commise. L’ambiance est taiseuse. Seuls les coupons jetés au sol marquent les déconvenues. Ils ne viennent que s’ajouter aux multiples détritus qui s’accumulent tout au long des dix courses habituelles.

Une dose de mysticisme en plus...

Une dose de mysticisme en plus...
La course terminée, une quinzaine de jardiniers s’activent pour remettre quelques bottes d’herbe, tasser des petits monticules afin de redonner une homogénéité à une piste en souffrance. Pendant ce temps, le gagnant vient parader devant le public. Le jockey, tout sourire, félicite son cheval. La relation qui unit l’homme et l’animal est évidente et unique, mais en Thaïlande s’y ajoutent un peu de mysticisme et une dévotion peut-être un peu plus ostentatoire qu’en Europe. Les jockeys respectent toujours le même cérémonial. Avant la course, ces derniers saluent leur monture d’un waï. Une fois en selle, il effectue un nouveau salut que l’on peut rapprocher d’une sorte de waï khru (1). Enfin, lors de la présentation, juste avant de se diriger vers les stalles de départ, chacun y va de son petit signe. Certains lèvent leur cravache, afin d’attirer la chance, de faire un signe aux bons génies, d’autres encore prononcent quelques mots à l’oreille de leur cheval... Il est difficile de savoir où commencent le rituel culturel et celui du tic professionnel, mais il est certain que pour le gagnant, il y a une tradition à laquelle il ne peut se soustraire, celle de la remise du prix et de la photographie avec le propriétaire de l’écurie. La majeure partie du public ne peut pas voir ce protocole puisqu’il se situe juste devant le petit bâtiment des VIP. Là, c’est un autre univers, une autre ambiance : les téléviseurs des années 90 ont fait place à des écrans plats, la chaleur n’y est pas suffocante grâce aux climatiseurs, les cendres et les mégots trouvent un cendrier à portée de main, les papiers peuvent être jetés dans des poubelles, les odeurs et la fumée de la cuisine des petits bouis-bouis sont emmitouflées dans les normes Iso 2000. Mais malgré des conditions plus confortables, lors des courses, les cris d’enthousiasme sont identiques. Les rituels des mises sont peut-être plus insouciants, peut-être un peu plus ludiques aussi, et les enjeux pas tout à fait les mêmes. Mais il faut dire que beaucoup de ces spectateurs sont membres du club. Ils viennent déjeuner ou sortent du tennis ou de la piscine. D’autres encore reviennent du golf. Les courses sont alors un passe-temps des plus agréables, tel que les gens de bonne famille le percevaient au XIXème siècle. La tradition est ainsi respectée : les courses de chevaux et les hippodromes conservent cette image d’Epinal où le petit monde bourgeois vient s’encanailler et le petit peuple gagner quelques sous, avec l’espoir d’un gain substantiel. Et comme conclut Anand avec un certain humour, « au moins ici, tu as de l’air, tu n’as pas le bruit des voitures ! ». Stéphane Courant (www.gavroche-thailande.com) (1) Salut de respect à l’entraîneur pratiqué rituellement avant un match de Muay Thai (boxe thaïlandaise). Article réalisé en partenariat avec le magazine Gavroche (Thaïlande) www.gavroche-thailande.com
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Tous les commentaires
Azygo.com le 05 septembre 2017
Bonjour,
Les courses ont lieu en général deux dimanche par mois.
Le calendrier 2018 n'est pas encore disponible mais vous pouvez retrouver le calendrier 2017 ici : https://www.rbsc.org/index.php/racing-fixture
MARSAULT le 05 septembre 2017
Bonjour,
Avez-vous le calendrier des réunions hippiques au RBSC pour 2017 et 2018 ?
Merci par avance de votre réponse.
Xavier MARSAULT
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